Homélie ordination sacerdotale David Nodjirosmem

Monsieur le SG de la Pendé, représentant le gouverneur de la province du Logone oriental,

Messieurs les autorités administratives, politiques, traditionnelles et religieux présents à cette cérémonie, Chers invités, Chers frères dans le sacerdoce, révérendes Sœurs,

Bien chers frères et sœurs en Christ, venus des paroisses du diocèse de Doba et d’autres diocèses

Je vous adresse mes cordiales salutations et vous remercie de votre présence à cette célébration au cours de laquelle sera ordonné prêtre le diacre David Nodjirosmem. Je voudrais tout d’abord rendre grâce à Dieu qui nous a gardés en ce temps de danger lié à coronavirus et qui nous a permis aujourd’hui de nous retrouver pour entourer notre affection et nos prières notre frère et fils David Nodjirosmem à qui j’adresse mes félicitations et mes encouragements pour la fidélité qu’il a manifesté pour  sa vocation tout au long de ses longues années  de formation au séminaire. Je rends grâce aussi à Dieu pour sa famille qui a accepté de le donner au Seigneur pour le service de l’Eglise, tout comme je rends grâce à Dieu  pour sa communauté ecclésiale de Base (communauté Saint Joseph) et pour sa communauté paroissiale Saint Daniel Comboni qui l’ont accompagné par leur prière et leurs encouragements durant son cheminement vers le sacerdoce et qui a voulu relever le défi en organisant pour la première fois au sein de cette paroisse une ordination sacerdotale et je crois bien que le défi est en train d’être relevé.

 Bien Cher fils et frère David, au regard des lectures que tu as choisi pour ton ordination, nous pouvons facilement deviner quel modèle de prêtre tu veux être dans l’Eglise Famille de Dieu qui, à travers ma modeste personne, va te conféré aujourd’hui ce sacrement de ministère apostolique. Le Christ Jésus est en effet l’unique Grand prêtre  de la nouvelle alliance, mais il a bien voulu, de manière générale, associer tous les baptisés à son sacerdoce, et de manière particulière d’y associer certains baptisés que sont les ministres ordonnés (c’est-à-dire évêques, prêtres et diacres) afin d’enseigner,  de sanctifier et de gouverner le peuple de Dieu en son nom. Par l’ordination sacerdotale, tu seras configuré au Christ Prêtre suprême et éternel et à ce titre, unit au sacerdoce de ton évêque, tu seras le prédicateur de l’Evangile, le pasteur du peuple de Dieu et tu présideras les actes du culte, en particulier l’eucharistie.  Les lectures que nous venons d’écouter soulignent justement les différentes aspects du sacerdoce du Christ  qui diffère essentiellement du sacerdoce de l’Ancien Testament.

   Dans la première lecture, à son peuple revenu d’exile décourage et affaibli, le prophète Isaïe annonce la venue de Celui qui sera consacré par l’Onction et sur qui l’Esprit Saint reposera pour « annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, et  proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Is 61, 1-2). Comme nous le savons, cet envoyé de Dieu qui va apporter le changement, renouveler la société,  c’est le Christ Jésus qui, à la synagogue de Nazareth s’est appliqué cette prophétie d’Isaïe en disant clairement « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre » (Lc 4,21). Prophète puissant en paroles et en actes, Jésus a été envoyé par Dieu le Père pour proclamer d’abord la bonne nouvelle de notre libération car Dieu veut que nous soyons des hommes et des femmes libres, en particulier libres du péché qui nous empêche d’aimer et de servir nos frères et sœurs. Avec l’envoi de son Fils il veut que tout homme, toute femme soit restauré dans sa dignité humaine et dans sa dignité d’enfant de Dieu. C’est justement en écoutant et en accueillant la Bonne nouvelle de libération de Jésus-Christ que nous sommes devenus par le baptême un peuple des prophètes, un peuple que Dieu a appelés des ténèbres à son admirable lumière pour annoncer les merveilles de son amour (cf. 1P2, 9). Comme baptisés, nous sommes tous et chacun envoyé  pour proclamer cette libération, pour témoigner de l’amour de Dieu, en paroles et en actes. Mais d’une manière particulière le prêtre est consacré par l’Esprit Saint pour collaborer à la mission que le Christ lui-même a confiée aux douze apôtres et dont les évêques sont les successeurs en leur disant: «  Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16, 15).  David, par l’imposition des mains tu deviendras  le collaborateur des évêques, en premier lieu dans l’annonce de la bonne Nouvelle de Jésus-Christ dont notre monde aujourd’hui  encore a tant besoin, même si tous n’en ont pas conscience. Le prêtre est d’abord l’homme de la parole. Mais comment annoncer la Parole de Dieu aux autres comme bonne nouvelle ou comme nourriture pour leur vie spirituelle si cette parole n’est pas d’abord pour le prêtre lui-même une bonne nouvelle et une nourriture pour sa vie spirituelle, une lumière qui éclaire ses pas ? Tu as le devoir d’annoncer à tous la Bonne Nouvelle de libération que tu as toi-même reçue avec joie. Mais pour qu’elle soit crédible, accueille cette Parole de Dieu d’abord comme une bonne nouvelle pour toi-même : pour ce faire, lis et médite assidûment la Parole du Dieu pour croire ce que tu as lu, enseigner ce que tu as appris dans la foi, vivre ce que tu as enseigné. C’est de cette façon que tu pourras annoncer de manière efficace l’Evangile du Christ pour qu’elle soit réellement pour ceux qui l’écoutent et l’accueillent une parole de vie et une parole de consolation.

    L’épitre aux hébreux nous présente le Christ comme le grand prêtre par excellence qui offre sa vie pour le salut des hommes. L’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, il est celui qui prie au milieu de nous par son Esprit répandu dans nos cœurs. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, après avoir adressé à son Père l’action de grâce, le Christ prie son Père pour ceux qu’il a envoyés dans le monde et qu’il allait laisser dans le monde jusqu’à son retour. Il demande dans sa prière à Dieu son Père trois choses pour ceux qui croient en lui : les garder du Mauvais (diable), les consacrer dans la vérité et les  garder dans l’unité ou dans la communion avec Dieu et la communion entre eux.  Chers frères et sœurs, par notre baptême nous sommes devenus un peuple des prêtres, des pierres vivantes qui entrent « dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus-Christ » (1P2, 5). En tant que membres du corps du Christ, nous avons le devoir de prier pour le salut de tous les hommes et de rendre un culte qui plait à Dieu par le témoignage de notre vie. Oint de l’onction sainte pour être pour tous les fidèles l’image fidèle du Christ, le prêtre est d’abord celui qui prie au milieu de ses frères ; mais il est aussi celui qui agit au nom du Christ, notamment celui qui le rend présent à travers les sacrements qu’il célèbre.

 « Être prêtre », ce n’est pas une carrière qu’on embrasse ; ce n’est pas une promotion sociale ou un avantage quelconque… On ne devient pas prêtre pour devenir quelqu’un comme on dit chez nous. Le travail du prêtre n’est pas un métier au sens sociologique du terme. On devient prêtre par vocation, c’est-à-dire par appel de Dieu, par pure grâce de Dieu. Dans l’Eglise Famille de Dieu, les prêtres sont des baptisés appelés, choisis et mis à part pour appartenir totalement au Seigneur et être consacrés à son œuvre, à son service. Ainsi, comme l’exprime si bien l’auteur de l’Epître aux Hébreux, tout prêtre est « pris du milieu des hommes et établi en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir des sacrifices pour les péchés » (He 5,1). Le prêtre est mis à part, c’est-à-dire consacré pour intervenir en faveur des hommes dans leur relation avec Dieu. Il n’est pas un super-chrétien et encore moins le Christ mais il a été choisi par le Christ parmi ses frères pour être son serviteur et pour agir en son nom.

 Bien cher David, conscient d’avoir été choisi parmi les hommes tes frères et constitué en leur faveur pour t’occuper des choses de Dieu, exerce dans la joie et la charité, avec sincérité, l’œuvre sacerdotale du Christ, en cherchant comme lui à plaire uniquement à Dieu et non à chercher ta gloire personnelle.  La communauté chrétienne attend à voir en toi un homme de Dieu ; et l’homme de Dieu est d’abord un homme de prière, un homme de foi et d’espérance qui soutient et console ses frères et sœurs quand ils traversent des moments d’épreuves. L’homme de Dieu est celui qui prie et s’engage pour la réconciliation et la paix entre les hommes. Tout comme le Christ a à cœur l’unité de ses disciples et plus largement l’unité entre les hommes – et pour cette unité, il a prié et donné sa vie -,  soit un instrument d’unité et de paix aussi bien pour les communautés chrétiennes que pour les hommes au milieu duquel tu exerceras ton ministère. Et pour exercer ce ministère de médiation, sois toi-même uni au Christ par la prière et animé de l’amour vrai de Dieu et des hommes.

Grand prêtre, Jésus-Christ est aussi le bon pasteur qui a été envoyé pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés dans le monde et les conduire à Dieu. Pour réaliser ce projet d’amour, il a donné sa vie en disant qu’il « n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Le Christ est l’unique et le bon pasteur que tout prêtre doit imiter. Exerçant la charge du Christ, chef et pasteur, le prêtre, au nom de l’Évêque, rassemble la famille de Dieu et la conduit au Père. Cher David, tes parents t’ont donné un très bon nom qui pourrait te rappeler en permanence ta vocation de bon pasteur, le nom « Nodjirosmem » qui veut dire  « le plein de charité ». Configuré au Christ, modèle de Charité, efforce-toi à le ressembler en l’imitant dans sa « charité pastorale » empreinte de compassion, d’amour, de bonté et de miséricorde pour les pauvres et pour tous ceux qui souffrent. De fait, c’est la charité pastorale du Christ qui l’a conduit à s’offrir sur la croix pour le salut de l’humanité. A l’exemple du Christ qui est venu « non pas pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude », sois un bon berger proche de ceux qui souffrent, des malades, des petits, des enfants, des personnes âgées, des personnes en difficultés, des laissés-pour-compte, des pauvres. A tous, tu porteras l’amour et la miséricorde du Christ le Bon Pasteur. Mets-toi humblement au service de l’Église et des hommes par amour et par pure gratuité et ce, jusqu’au don total de ta vie. Cela nécessite sacrifice et don de soi par amour pour Dieu et pour la cause de l’Évangile.

 « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » (Jn 17,18), dit Jésus.  Le Christ ne nous envoie pas prêcher aux anges mais bien dans le monde des hommes, dans la société où nous vivons, avec ses joies et ses peines, avec ses valeurs et ses contre-valeurs. Par moment David, tu te heurteras à dessituations difficiles devant lesquelles tu seras tenté de démissionner, de te décourager, voire de vouloir fuir pour trouver la paix et  le repos quelque part, mais sache que le Christ qui nous a appelé à sa suite, ne nous a pas promis que nous vivrons dans une communauté ou une société où tout sera rose pour nous. Au contraire, en envoyant ses disciples en mission, il leur a dit : «  je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » (Lc 10, 3). Le Christ sait que nous devons annoncer son Evangile en contradiction avec l’esprit du monde et qu’il y a aussi le risque que nous qui sommes « dans » le monde mais pas du monde, nous soyons tentés d’être également « du » monde.  Et de fait, nous le sommes parfois. C’est pourquoi Jésus à la fin n’a pas prié pour le monde, mais pour ses disciples, pour que le Père les protège du malin et qu’ils soient libres et différents du monde, bien que vivant dans le monde (cf. Jn 17, 9.15). Il leur a envoyé comme promis l’Esprit Saint pour les rendre forts et courageux dans l’annonce de l’Evangile. Aussi David, pour exercer ton ministère, tu pourras certes compter sur tes ainés prêtres que tu rejoindras dans la vigne du Seigneur. Durant ton cheminement tu as eu à les connaitre : certains ont été pour toi un modèle par leur comportement exemplaire et par leur dévouement à leur ministère ;  d’autres t’ont peut-être aussi déçu dans leur manière de vivre leur sacerdoce. Tu auras en tout cas besoin de leurs conseils et de leurs expériences pour t’insérer dans le travail pastoral. Ecoutez-les volontiers et tire de leur comportement ce qui peut t’aider à bien exercer ton ministère. Mais sache que l’unique modèle que tu dois chercher à imiter, l’ami fidèle sur qui tu dois compter tous les jours de ta vie et qui ne pourra jamais te décevoir, c’est le Christ Jésus, « chemin, vérité et vie » (Jn 14, 6). Devenu homme comme nous, il a partagé en tout notre condition humaine excepté le péché : il a connu la fatigue, la solitude, l’abandon voire la mort. Mais il a remporté la victoire en tout. Dieu l’a souverainement élevé. C’est d’abord sur lui que tu dois savoir t’appuyer pour mener à bien ton ministère.

Chers frères et sœurs, membres des différentes communautés chrétiennes, le prêtre est un don que Dieu fait à son Eglise. Sachez accueillir ce don. David est l’un de nous, notre fils, notre frère avec ses limites et ses faiblesses. Mais Dieu l’a choisi pour en faire notre serviteur et notre guide. Aidez-le à bien faire son travail de prêtre, tout d’abord en respectant son choix de vie avec tout ce que cela comporte comme exigences ; priez pour lui, et si nécessaire prodiguez lui des conseils quand vous voyez qu’il ne respecte pas ses engagements ou se retrouve dans une place qui n’est pas le sien. Le prêtre trouve sa joie dans le service de la communauté. Plus vous serez pour lui des communautés vivantes et accueillantes, plus il trouva de la joie à service le Christ et son Eglise.

Cher David, le Christ Jésus, comme je le disais tantôt,  est ton unique modèle que tu dois contempler durant toute ta vie sacerdotale pour exercer avec fidélité ton ministère. Mais il nous a aussi donné comme mère la a Bienheureuse Vierge Marie. Par son « fiat », elle a su rester ferme dans la foi jusqu’au pied de la croix, docile à l’Esprit Saint et soumise totalement à la volonté de Dieu. Mets-toi à son école et sous sa protection maternelle et ta vie sacerdotale sera pleinement féconde pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Chers frères et sœurs, vous tous qui êtes venus entourer de votre présence et de vos prières notre fils et frère David, confions-le maintenant  au Seigneur pour qu’il l’imprègne de son Esprit de Sainteté et de vérité afin d’être un fidèle serviteur de l’Evangile, un pasteur selon le cœur de Dieu, un prêtre au service de la sanctification de son peuple. Amen

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